Chapitre 12

Chapitre 12

Ce chapitre est dédié à Forbidden Planet, une chaîne britannique de livres de science-fiction et de fantasy, ainsi que de bandes dessinées, de jouets et de vidéos. Forbidden Planet a des magasins partout au Royaume-Uni, et a aussi des avant-postes à Manhattan et Dublin, en Irlande. Il est dangereux de poser le pied dans un Forbidden Planet — j’en échappe rarement avec mon porte-monnaie intacte. Forbidden Planet est vraiment à la pointe du mouvement qui met la gigantesque audience de science-fiction télévisée et cinématographique en contact avec des livres de science-fiction — quelque chose d’absolument critique pour l’avenir du domaine. Forbidden Planet, UK, Dublin and New York City

Madame Galvez arborait un large sourire.
– “Est-ce que quelqu’un sait d’où ceci est tiré ?”
Plusieurs personnes ont dit en choeur “la Déclaration d’Indépendance”. J’ai hoché la tête.
– “Pourquoi est-ce que tu nous a lu ça, Marcus ?”
– “Parce qu’il me semble que les Pères Fondateurs de ce pays ont dit que les gouvernements ne devraient drer qu’aussi longtmeps que nous croyons qu’ils fonctionnent pour nous, et que si nous cessons d’y croire, nous devrions les renverser. C’est bien ce que ça dit, n’est-ce pas ?”
Charles a secoué la tête.
– “C’était il y a des siècles !” a-t-il dit. “Les choses sont différentes maintenant !”
– “Qu’est-ce qui est différent ?”
– “Eh bien, pour commencer, nous n’avons plus de roi. Ils parlaient d’un gouvernement qui existait parce que l’arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père d’un vieux gâteux croyait que Dieu lui avait donné le pouvoir et avait tué tous ceux qui n’étaient pas d’accord. Nous avons un gouvernement démocratiquement élu — ”
– “Je n’ai pas voté pour eux,” j’ai dit.
– “Et ça te donne le droit de faire sauter des immeubles ?”
– “Quoi ? Qui a parlé de faire sauter quoi que ce soit ? les Yippies et les hippies et tous ces gens croyaient que le gouvernement ne les écoutait plus — regarde la façon dont ceux qui enregistraient les électeurs dans le Sud étaient traités ! Ils se faisaient tabasser, arrêter ”
– “Certains se sont fait tuer”, a dit Madame Galvez.
Elle a levé les mains et attendu que Charles et moi ne rasseyions.
– “Nous n’avons presque plus de tmps pour aujourd’hui, mais je voudrais vous féliciter tous pour l’un des cours les plus intéressants que j’aie jamais donné. C’était une excellente discussion et j’ai beaucoup appris de vous tous. J’espère que vous avez appris les uns des autres aussi. Merci à tous pour vos contributions.
Je propose un devoir optionnel pour un crédit supplémentaire à ceux qui veulent un petit défi. Je voudrais que vous m’écriviez un papier comparant la réaction politique aux mouvements pour la paix et les libertés civiles dans la zone de la Bay avec les réactions actuelles des mouvements des droits civils à la Guerre contre la Terreur. Minimum trois pages, mais aussi long que vous voudrez. Je serais intressée de voir à quoi vous arriverez.”
La cloche a sonné un moment plus tard et tout le monde a quitté la clase. J’ai traîné un moment et j’ai attendu que Madame Galvez me remarque.
– “Oui, Marcus ?”
– “C’était magnifique”, j’ai dit. “Je n’avais jamais rien su de pareil sur les années 60”
– “les années 70 aussi. Cet endroit a toujours été un bon endroit où vivre des périodes politiquement lourdes. J’ai vraiment apprécié ta référence à la Déclaration — c’était très intelligent.”
– “Merci”, j’ai dit. “Ca m’est venu comme ça. Je n’avais jamais vraiment compris ces mots avant aujourd’hui.”
-“Eh bien, voilà quelque chose que chaque professeur aimerait entendre, Marcus. “, a-t-elle répondu, et elle m’a serré la main. “Je me réjouis de lire ton papier.”

J’ai acheté le poster d’Emma Goldman en rentrant à la maison et je l’ai punaisé au-dessus de mon bureau, par-dessus un poster d’époque en noir et blanc. J’avais aussi acheté un T-shirt PAS CONFIANCE avec un montage de Grover et Elmo qui chassaient les adultes Gordon et Susan de Sesame Street à coups de pieds dans les fesses. Ca me faisait marrer. J’ai découvert plus tard qu’il y avait déjà eu une demi-douzaine de concours de graphisme en ligne pour illustrer ce slogan avec des sites comme Fark, Worth1000 et B3ta, et il y avait des centaines d’images toutes prêtes qui traînaient sur Internet et utilisables pour commercialiser des gadgets.

Maman a levé le sourcil en voyait le T-shirt, et Papa a secoué la tête et m’a fait la morale sur ne pas chercher les ennuis. J’ai eu l’impression que sa réaction confirmait un peu la justesse de mon propos. Ange m’a retrouvé en ligne  et nous avons encore flirté jusqu’à tard dans la nuit. Le camion blanc avec les antennes est revenu et j’ai éteint ma X-box le temps qu’il soit passé. Nous avions tous l’habitude de faire ça. Ange était toute frétillante à l’idée de la fête. Ca avait tout l’air d’être parti pour être géant. Il y avait tellement de groupes qui s’étaient inscrits qu’on parlait de construire une deuxième scène pour les concerts annexes.
> Comment ils ont fait pour avoir un permis pour faire du bruit dans le parc la nuit ? Il y a plein de maisons autour.
> C’est quoi per-mis ? Moi veux sa-voir plus sur vos per-mis hu-mains.
> Quoi, c’est illégal ?
> Euh, hello ? Tu t’inquiètes parce qu’on fait un truc illégal ?
> Bon argument.
> LOL.
Je me sentais toutefois un peu nerveux par anticipation. Je veux dire, j’avais un rencard avec une fille parfaitement géniale pour le week-end et je l’emmenais– enfin techniquement, c’était elle qui m’emmenait — à une rave illégale qui se tenaient au milieu d’un quartier fréquenté. Ca ne pouvait pas manquer d’être intéressant, tout du moins.

Intéressant. Les gens ont commencé à flâner en direction de Dolores Park tout au long de l’après-midi du samedi, en apparaissant au milieu des joueurs de frisbee et des maîtres qui promenaient leurs chiens. Ce n’était pas très clair comment le conert allair marcher, mais il y avait des tas de flics, en civil et en uniforme, qui traînaient dans le coin. On pouvait reconnaître les flics en civil parce que, comme Le Morveux et Taches de Rousseur, ils avaient des coupes à la Castro et des physiques du Nebraska : des types massifs avec cheveux courts et moustaches broussailleuses. Ils se promenaient, l’air gêné et mal à l’aise dans leurs shorts géants et les chemises coupées très large qui, sans aucun doute, tombaient de façon à couvrir toute la quincaillerie d’équipement pendue à leur ceinture.
Dolores Park est joli et ensoleillé, avec des palmiers, des courts de tennis, et de nombreuses collines avec des arbres normaux autour desquels courir ou sous lesquels zoner. Les sans-abris dorment là-bas la nuit, mais c’est aussi vrai de n’importe où à San Francisco.
J’ai rencontré Ange dans la rue, devant la librairie anarchiste. C’était moi qui l’avais suggéré. Retrospectivement, c’était une tentative totallement évidente d’avoir l’air cool et subversif devant cette fille, mais sur le moment j’aurais juré avoir choisi l’endroit parce que c’était un endroit pratique pour se retrouver.
Elle lisait un livre intitulé “Up Against the Wall Motherfucker” quand je suis arrivé.
– “C’est du joli”, j’ai dit. “Tu parles à ta mère sur ce ton ?”
– “Ma mère ne se plaint pas”, a-t-elle répondu. “En fait, c’est l’histoire d’un groupe de gens comme les Yippies, mais de New York. Ils utilisaient tous ce mot en guise de nom de famille, comme ‘Ben M-F.’ L’idée était d’avoir un groupe de gens qui fassent l’actualité, mais avec des noms absolument impossibles à imprimer. Juste pour embêter les média. Assez marrant, vraiment.”
Elle a reposé le livre sur son rayonnage et je me suis demandé si je devais la serrer dans mes bras. En Californie, les gens font ça tout le temps pour se dire bonjour ou au revoir. Sauf quand ils ne le font pas. Et parfois, ils font des baisers sur les joues. C’est très perturbant.
Elle a réglé la question en m’attrapant pour te serrer dans ses bras et en tirant ma tête pour me m’embrasser énergiquement sur la joue, puis en soufflant dans mon cou. J’ai rigolé et je l’ai repoussée.
– “Tu veux un burrito ?”, ai-je demandé
– “Tu poses la question, ou tu énonces l’évidence ?”
– “Ni l’un ni l’autre, c’est un ordre.”
J’ai acheté quelques autocollants amusants qui disaient CE TÉLÉPHONE EST SUR ÉCOUTE et avaient juste la bonne taille pour se coller sur les combinés des téléphones payats qui s’alignaient encore le long des rues de la Mission, parce que c’était le genre de quartier où tout le monde ne peut pas forcément se payer un téléphone cellulaire.
Nous avons marché dans l’air de la nuit. J’ai décrit à Ange à quoi ressemblait le parc quand je l’avais quitté.
– “Je parie qu’ils ont des centaines de ces camions stationnés juste derrière le coin de la rue.”, a-t-elle dit.  “Pour mieux t’envoyer en cabane”.
– “Hum. ” J’ai regardé autour de moi. “J’aurais vaguement espéré que tu dirais quelque chose comme ‘Oh, il n’y a aucune chance pour qu’ils y fassent quoi que ce soit'”.
– “Je ne pense pas que ça soit l’idée. L’idée est de mettre plein de civils dans une position où les flics devront décider, est-ce qu’on les traite comme des gens normaux ou comme des terroristes ? C’est un peu comme le brouillage, mais avec de la musique à la place des gadgets. Tu fais des brouillage, n’est-ce pas ?”
Parfois j’oublie que tous mes amis ne savent pas que M1k3y et Marcus sont la même personne.
– “Ouais, un petit peu”, ai-je répondu.-
– “Ben ça c’est comme du brouillage, mais avec des super groupes”.
– “Je vois”
Les burritos de la Mission sont une institution. Ils ne coûtent pas cher, sont gigantesques et délicieux. Imanginez un tube de la taille d’un obus de bazooka, rempli de viande grillée épicée, de guacamole, de salsa, de tomates, de fèves sautées, de riz, d’oignon et de coriandre. Ils ont le même rapport avec Taco Bell qu’une Lamborghini a à une voiture jouet. Il y a environ deux cents stands à burrito dans la Mission. Ils sont tous héroïquement moches, avec des sièges inconfortables, un minimum de décor — des posters des offices de tourisme mexicains aux couleurs passées, des Jésus électriques et des hologrammes de la Vierge Marie — de de la musique Mariachi à pleins tubes. Ce qui les distingue, essentiellement, c’est de quel genre de viande exotique ils remplissent leurs produits. Les coins vraiment authentiques ont de la cervelle et de la langue, ce que je ne commande jamais, mais c’est sympa de savoir qu’il y en a.
L’endroit où j’allais avait à la fois de la cervelle et de la langue, que nous n’avons pas commandé.Je me suis pris un carne asada e telle a pris un émincé de poulet et nous nous sommes chacun pris un grand gobelet d’horchata. Dès que nous nous sommes assis, elle a déroulé son burrito et a sorti une petite bouteille de son sac à main. C’était une petite flasque d’aérosol en acier inoxidable qiu ressemblait parfaitement à un spray au poivre d’autodéfense. Elle l’a braqué sur les entrailles de son burrito et a vaporisé un fin brouillard rouge et huileux. J’en ai respiré une bouffée, et ma gorge s’est fermée et mes yeux se sont remplis de larmes.
– “Qu’est-ce que tu fais à ce malheureux burrito sans défense ?”
Elle m’a lancé un sourire malicieux.
– “Je suis accroc aux épices, ” a-t-elle dit. “C’est de l’huile de capsaïcine en vaporisateur”.
– “Capsaïcine –”
– “Oui, c’est le principe actif des sprays au poivre. Ceci est en gros un spray au poivre, mais légèrement dilué. Tu peux imaginer des gouttes pour les yeux Cajun, si ça t’aide à conceptualiser.”
Mes yeux mont brûlé rien qu’à y penser.
– “Tu plaisantes”, j’ai dit. “Tu ne vas jamais manger un truc pareil”.
Ses sourcils sont montés.
– “Ca a l’air d’un défi, fiston. Regarde-moi faire”.
Elle a roulé de burrito avec le même soin qu’un junkie roulerait son joint, en repliant les bouts à l’intérieur, et en le renroulant finalement dans le papier d’aluminium. Elle a déchiré une extrémité et a porté le burrito à la bouche, en faisant une pause juste devant ses lèvres.
Jusqu’au moment où elle a mordu dedans, je ne croyais pas qu’elle allait le faire. Je veux dire, c’était pratiquement une arme anti-personnelle tartinée sur son dîner. Elle a mordu dedans. Mâché. Avalé. Elle donnait toute l’apparence de manger un excellent dîner.
– “Tu veux un morceau ?”, a-t-elle demandé innocemment.
– “Ouais”, j’ai dit. J’aime la nourriture épicée. Je commande toujours les curries qui ont quatre poivrons sur le menu des restaurants pakistanais. J’ai pelé un peu plus d’aluminium et pris une grosse bouchée. Grosse erreur. Vous voyez cette sensation quand vous mordez dans du raifort ou du wasabi ou un truc du genre, et que vous avez l’impression que vos sinuses se ferment en même temps que votre trachée, en enfermant dans votre tête avec de l’air nucléairement chaud qui essaye de sortir par les yeux et les narires ? Cette impression que de la vapeur va sortir de vos oreilles comme dans un dessin animé ? Là, c’était bien pire. C’était comme de se mettre la main dans un four pré-chauffé, sauf que ça n’aurait pas été votre main, mais tout l’intérieur de votre tête, avec l’œsophage et tout jusqu’à l’estomac. Tout mon corps a explosé de sueur et je me suis étranglé sans fin.
Sans un mort, elle m’a tendu mon horchata, et j’ai réussi à me planter la paille dans la bouche et à aspirer fort, en avalant la moitié en un coup.
– “Donc, il y a une échelle, l’échelle de Scoville, que nous autres amateurs d’épices utilisons pour dire à quel point un poivre est fort. La capsaïcine pure est à environ 15 millions à l’échelle de Scoville. Le Tabasco est à 2500. Le spray au poivre est à un honnête 3 millions. Ce truc-là n’est qu’à un malheureux cent milles, à peu près aussi fort qu’un Scotch Bonnet Pepper. Je m’y suis habituée en environ un an. Certains des vrais durs arrivent à un demi million à peu près, deux cent fois plus fort que le Tabasco. C’est assez démentiellement fort. A une température de Scoville pareille, le cerveau est saturé d’endorphines. c’est mieux pour se faire plâner que le hash. Et c’est bon pour la santé. ”
Je commençais à récupérer mes sinus et à pouvoir respirer sans ouvrir la bouche.
– “Bien sûr, tu te prends un cercle de feu féroce quand tu vas aux toilettes”, elle a dit en me faisant un clin d’oeil. Ouch.
– “Tu es dingue”, j’ai dit.
– “Tu peux parler, ton hobbie est de construire des laptops et de les exploser à coups de marteau”
– “Touché”, ai-je dit en touchant mon front.
– “Tu en veux encore ?”, a-t-elle dit en me tendant son burito
– “Je passe mon tour”, ai-je dit, assez vite pour que nous riions tous les deux.
Quand nous sommes sortis du restaurant et avons mis le cap sur le parc Dolorès, elle a passé son bras autour de ma taille, et j’ai découvert qu’elle avait juste la bonne taille pour que mon bras passe autour de ses épaules. C’était une nouveauté. Je n’avais jamais été un type baraqué, et les filles avec qui j’étais sorti avaient toutes ma taille — les adolescentes grandissent plus vite que les garçon, ce qui est une ruse cruelle de la nature. C’était chouette. Je me sentais bien.
Nous avons tourné le coin de la 20ème rue et marché en direction de Dolores. Avant même d’avoir fait un pas, nous pouvions sentir la rumeur. C’était comme le bourdonnement d’un million d’abeilles. Il y avait une grosse foule qui s’écoulait en direction du parc, et quand j’ai regardé dans cette direction, j’ai vu que c’était environ cent fois plus peuplé que quand j’en étais parti pour rencontrer Ange.
Cette vision m’a échauffé le sang. C’était une nuit belle et fraîche et nous étions sur le point de faire la fête, faire une super fête, faire la fête comme s’il n’y avait pas de lendemain. “Buvez, mangez et soyez heureux, car demain nous mourrons”. Sans rien dire, nous somes partis au trot. Il y avait beaucoup de flics, le visage tendu, mais qu’est-ce qu’ils pouvaient bien faire ? Il y avait beaucoup de monde dans le parc. Je ne suis pas très bon à compter les foules. Les journaux citeraient plus tard les organisateurs en annonçant 20000 personnes ; les flics disaient 5000. Ca voulait peut-être dire qu’il y avait eu 12500 personnes.
Qu’importe. Ca faisait la plus grande foule dont j’aie jamais fait partie, dans le cadre d’un événement non annoncé, non autorisé, et illégal. Nous étions au milieu de la foule en un instant. Je n’en jurerais pas, mais je ne pense pas qu’il y ait eu quelqu’un de plus de 25 ans dans cette cohue. Tout le monde souriait. Il y avait des pré-adolescents de 10 ou 12 ans, et ça me rassurait. Personne ne ferait rien de trop stupide avec des gamins si jeunes dans la foule. Personne ne veut voir des enfants blessés.
Ca allait être une glorieuse nuit de printemps de fête. Je me suis dit que le truc à faire serait de pousser en direction des courts de tennis. Nous nous sommes frayé un chemin à travers la foule, et pour rester ensemble nous nous sommes pris la main. Seulement, ne pas nous perdre ne nous obligeait pas à entrelacer nos doigts. Ca, c’était strictement pour le plaisir. C’était très plaisant. Les groupes étaient tous à l’intérieur des courts de tennie, avec leurs guitares et leurs mixers et les claviers et même une batterie. Plus tard, sur Xnet, j’ai trouvé un flux Flickr où on les voyait passer tout cet équipement en contrebande, pièce par pièce, dans les sacs de sport et sous leurs manteaux. Dans le lot, il y avait de gigantesques haut-parleurs, le genre que vous voyez dans les magasins de pièces détachées de voitures, et au milieu, un pile de… batteries de voitures. J’ai ri. Génial ! Voilà comment ils allaient alimenter leurs amplis.
D’où je me tenais, je voyais que c’étaient les cellules d’une voiture hybride, une Prius. Quelqu’un avait éviscéré une éco-mobile pour alimenter l’amusement de cette nuit. Les batteries continuaient à l’extérieur des courts, s’empilaient contre un grillage, pendaient aux gradins par des fils passés à travers les maillons des chaînes. J’ai compté — 200 batteries ! Bon Dieu ! Ces trucs pesaient une tonne, en plus. Il n’y aurait eu aucun moyen d’organiser tout ça sans e-mails, wikis et listes de diffusion. Et des gens aussi intelligents n’auraient jamais fait ça sur l’Internet public. Tout ça s’était tenu sur Xnet, j’aurais parié mes bottes et ma selle.
Nous avons nous sommes laissés balotter dans la foule pendant un moment pendant que les groupes s’accordaient et discutaient entre eux. J’ai vu Trudy Doo au loin, dans l’un des courts de tennis. Elle avait l’air d’être en cage, comme une catcheuse professionelle. Elle portait un marcel déchiré et ses cheveux formaient des dread longues d’un rose fluorescent qui lui descendaient jusqu’à la taille. Elle portait des pantalons de camouflage de l’armée et d’énormes bottes gothiques avec des protections en acier sur les orteils. Comme je regardais, elle a ramassé une lourde veste de moto, usée comme un costume de catcheur, et l’a endossé comme une armure. C’était probablement une armure, j’ai réalisé. J’ai essayé de lui faire signe, pour impressioner Ange, j’imagine, mais elle ne m’a pas vu et je me suis pris l’air d’un idiot, alors j’ai arrêté. L’énergie de la foule était impressionnante. On entend des gens parler de “vibrations” ou “d’énergie” pour des grands groupes de gens, mais avant d’en avoir fait l’expérience, vous pensez probablement ce que c’est un figure de style. Ce n’en n’est pas une. C’est les sourires, contagieux et larges comme des pastèques, sur tous les visages. Tout le monde qui danse vaguement au son d’un rythme que personne n’entend, balançant des épaules. Les démarches roulantes. Les blagues et les rires. Le ton de chaque voix tendu et excité, comme des fusées d’artifices prêtes à décoller. Et on ne peut s’empêcher d’en faire partie. Parce qu’on en fait partie.
Le temps que les goupes se lancent, j’étais stone à la foule. Le premier content était une sorte de turbo-folk serbe, sur lequel je ne voyais pas comment danser. Je sais dancer exactement deux types de musique : la trance (bougez dans tous les sens et laisser la musique vou dicter les mouvements) et le punk (jetez-vous dans tous sens et débattez-ous jusqu’à ce que vous soyiez blessé, épuisé, ou les deux). Le concert suivant était un groupe de hip-hop de Oakland accompagnés par un groupe de trash metal, ce qui donnait mieux que ce qu’on pourrait croire. Puis du pop genre chewing-gum. Et alors les Speedwhores sont montées sur scène, et Trudy Doo a pris le micro.
– “Je m’appelle Trudy Doo et si vous me faites confiance vous êtes idiot. J’ai trente-deux ans et c’est trop tard pour moi. Je suis perdue. Je suis prisonnière de la vieille mentalité. Je crois toujours que ma liberté est garantie et je laisse des gens me l’arracher. Vous êtes la première génération élevée dans l’Amérique du Goulag, et vous connaissez le prix de votre liberté au centime près !”
La foule a rugit. Elle joutait des petits accords nerveux et irréguliers sur sa guitare et sa bassiste, une fille obèse énorme coiffée en lesbienne, avec des bottes encore plus énormes et un sourire à ouvrir des bouteilles de bière, jouait déjà fort et vite. J’avais envie de sauter sur place. J’ai sauté sur place. Ange a sauté avec moi. Nous transpirions avec abandon dans le soir, qui fumait de sueur et de fumée de hashish. Des corps chauds s’écrasaient les uns sur les autres de tous côtés. Ils sautaient sur place eux aussi.
– “Ne faites pas confiance à ceux de plus de 25 ans !”, a-t-elle crié.
Nous avons rugi. Nous n’étions plus qu’une gorge animale géante, hurlante.
– “Ne faites pas confiance à ceux de plus de 25 ans ! Ne faites pas confiance à ceux de plus de 25 ans ! Ne faites pas confiance à ceux de plus de 25 ans !”
Elle a frappé quelques accords durs sur sa guitare et l’autre guitariste, une fille minuscule avec un visage couvert de piercings, s’est jointe à elle en improvisant, partant en whiiii-diii-wiiidiiii-diii-dii dans les aigus, au-delà de la douxième frette.
– “Cette ville est à nous ! Ce pays est à nous. Aucun terroriste ne nous le prendra tant que nous restons libres. Quand nous cessons d’être libres, les terroristes on gagné ! Reprenez-la ! Reprenez-la ! Vous êtes assez jeunes et stupides pour ne pas savoir que vous ne pouvez pas gagner, alors vous êtes les seuls à pouvoir nous conduire à la victoire ! Reprenez-la !
– “REPRENONS-LA !”, avons-nous rugi.
Elle s’est lancée dans un solo sur sa guitare. Nous avans hurlé et alors c’est devenu vraiment BRUYANT.

J’ai dancé jusqu’à ce que je sois trop fatigué pour faire un pas de plus. Ange a dansé à mes côtés. Techniquement, nous avons frotté nos corps couverts de sueur l’un contre l’autre pendant des heures, mais croyez-le ou non, je ne me suis pas excité pour autant. Nous dansions, perdus dans le rythme, la saturation et les cris — REPRENEZ-LA ! REPRENEZ-LA !
Quand je n’ai plus pu danser, j’ai pris sa main et elle a serré la mienne comme si je l’empêchais de tomber du haut d’un immeuble. Elle m’a remorqué vers le bord de la foule, où elle était moins dense et où il faisait plus frais. Là-dehors, sur à la limite de Dolores Park, nous étions dans l’air froid et la sueur sur nos corps a instantanément paru glaciale. Nous avons grelotté et elle a jeté ses bras autour de ma taille.
– “Réchaufe-moi !”, a-t-elle exigé.
Je n’avais pas besoin qu’on m’explique. Je l’ai serrée dans mes bras. Son coeur faisait écho aux coups de batterie rapides de la scène — du breakbeat maintenant, rapide, furieux et snas paroles. Elle répendait l’odeur de sa sueur, un musc aigu qui sentait très bon. Je savais que moi ausi je sentais la sueur. Mon nez pointait sur le haut de sa tête, et son visage était juste sur ma clavicule. Elle a passé ses mains autour de mon cou et tiré. “Descends par ici, je n’ai pas emporté d’échelle”, voilà ce qu’elle a dit et j’ai essayé de sourir, mais c’est difficile de sourire en embrassant quelqu’un.
Comme je disais, j’avais embrassé trois filles dans ma vie. Deux d’entre elles n’avaient jamais embrassé personne avant moi. Une avait eu des petits amis depuis qu’elle avait 12 ans. Elle avait des problèmes.
Aucune n’embrassait comme Ange. Elle rendait sa bouche toute entière douce, comme l’intérieur d’un qartier de fruit, et elle n’a pas précipité sa langue dans ma bouche, mais elle l’y a introduite doucement, et a aspiré mes lèvres dans sa bouche en même temps, de sorte que c’était comme si ma bouche et la sienne se confondaient. Je me suis entendu gémir, je l’ai saisie et je l’ai serrée plus fort. Lentement, doucement, nous nous sommes alongés dans l’herbe. Nous nous sommes étendus sur le flanc et nous sommes agripés l’un à l’autre en nous embrassant encore et encore. Le monde a disparu et seuls les baisers sont restés.
Mes mains ont trouvé ses fesses, sa taille. Le bord de son T-shirt. Son ventre tout chaud, son nombril tout doux. Ils se sont déplacés plus haut.
– “Pas ici”, a-t-elle dit, “allons par là-bas”. Elle a pointé du doigt de l’autre côté de la rue en direction de l’église blanche qui donne leur nom au parc Dolorès et à la Mission. En nous tenant les mains, nous avons traversé jusqu’à l’église. Elle avait de grosses colonnes devant sa façade. Elle m’a plaqué contre l’une d’entre elles et a tiré on visage vers le sien à nouveau. Mes mains sont vite et retournées franchement sur son t-shirt. Je les ai passées sur sa poitrine. “Ca s’ouvre dans le dos”, a-t-elle murmuré dans ma bouche. J’avais une érection qui aurait pu couper du verre. J’ai bougé mes mains dans son dos, qui était fort et large, et j’ai trouvé la fermeture avec mes doigts tremblants. Je me suis battu un moment avec en pensant à toutes ces blagues sur les garçon incapables d’ouvrir des soutien-gorge. J’était mauvais à ce jeu. Et alors le crochet s’est libéré brusquement. Elle s’est exclamée dans ma bouche. J’ai passé mes mains sur son corps, en sentant l’humidité de ses aisselles — ce qui était sexy et pas du tout dégoûtant pour je ne sais quelle raison — puis en effleurant le bord de ses seins.
C’est alors que les sirènes ont retenti.
Elle étaient plus fort que quoi que ce soit que j’aie jamais entendu. Un son comme une sentation physique, comme quelque chose qui vous soufflerait de vos pieds. Un son aussi fort que ce que vos oreilles peut supporter, et encore plus fort.
– “DISPERSEZ-VOUS IMMÉDIATEMENT” a dit une voix, comme si Dieu avait fait la fête dans mon crâne. “CE RASSEMBLEMENT EST ILLÉGAL. DISPERSEZ-VOUS IMMÉDIATEMENT.”
Le groupe avait arrêté de jouer. Le bruit de la foule de l’autre côté de la rue a changé. J’ai eu peur. J’ai entendu un clic quand les systèmes de haut-parleurs de voitures et de batteries de voitures dans le court de tennis se sont allumés.
– “REPRENEZ-LA”
C’était un cri de défi, comme quand on hurle par-dessus le bruit des vagues ou quand on crie du haut d’une falaise.
– “REPRENEZ-LA”
La foule a grogné, un son qui m’a fait dresser les poils sur la nuque.
– “REPRENEZ-LA !” Ils psalmodiaient. “REPRENEZ-LA ! REPRENEZ-LA ! REPRENEZ-LA !”
Les policiers se sont mis en ligne, portant des boucliers en plastique, couverts de casques à la Dark Vador qui leur couvraient le visage. Chacun d’eux avait une matraque noire et un et des lunettes infra-rouge. Ils avaient l’air de soldats dans un film de guerre futuriste. Ils ont tous fait un pas à l’unisson et chacun d’eux a frappé sa matraque sur son bouclier, un bruit de craquement comme si la terre s’ouvrait. Une autre pas, un autre craquement. Ils étaint partout dans le parc et se rapprochaient, maintenant.
– “DISPERSEZ-VOUS IMMÉDIATEMENT”, a répété la voix de Dieu.
Il y avait maintenant des hélicoptères qui nous survolaient. Pas de projecteurs, par contre. Les lunettes infrarouge, oui. Evidemment. Ils avaient des viseurs à infra-rouge dans le ciel, aussi. J’ai tiré Ange en arrière contre l’entrée de l’église, nous éloignant des flics et des hélicos.
– “REPRENEZ-LA !”, a rugi le système de haut-parleurs.
C’était le cri de rébellion de Trudy Doo et j’ai entendu sa guitare saturer quelques accords, et son batteur jouer, puis cette grosse basse profonde.
– “REPRENONS-LA !” a répondu la foule, et ils sont sortis du parc en direction des lignes de police comme un jet de vapeur.
Je n’ai jamais été dans une guerre, mais maintenant je pense que je vois à quoi ça peut ressembler. Ce que ça fait quand des gosses terrorisée chargent une force ennemie à travers un champs, sachant ce qui les attend, fuyant, hurlant, beuglant.
– “DISPERSEZ-VOUS IMMÉDIATEMENT”, a dit la voix de Dieu. Elle venat des camions stationnés tout autours du parc, des camions qui s’étaient mis en place dans les dernières secondes. C’est alors que le brouillard est tombé. Il venait des hélicoptères, et nous avons été pris juste à sa limite. Ca m’a fait sentir comme si le haut de ma tête allait tomber. Mes sinus me faisaient l’impression d’avoir été percés par des pics à glace. Ca faisait dégouliner et gonfler mes yeux, et fermer ma gorge. Du spray au poivre. Pas 100 mille Scoville. Un million et demi. Ils avaient gazé la foule. Je n’ai pas vu ce qui s’est passé ensuite, mais je l’ai entendu, par-dessus le bruit d’Ange et moi qui nous étranglions et nous agrippions l’un à l’autre. D’abord, les bruits de toux et de vomi. La guitare, la batterie et la basse se sont arrêtés brusquement. Et la toux. Et les cris. Les crix ont duré longtemps. Quand j’ai pu voir à nouveau,les flics avaientrelevé leurs lunettes sur le front et les hélicoptères inondaient Dolores Park de tant de lumière qu’il avait l’air de faire jour. Tout le monde regardait le Parc, ce qui était une bonne nouvelle, parce que quand les lumières se sont allumées comme ça, nous étions absolument visibles.
– “Qu’est-ce qu’on fait ?” a demandé Ange.
Sa voix étaient serrée et terrorisée. Je n’ai pas osé parler pendant un moment. J’ai avalé masalive quelques fois.
– “On part en marchant”, j’ai dit. “C’est la seule chose que nous puissions faire. On marche. Comme si nous passions juste par là. On descend Dolores, on tourne à gauche et on remonte vers la 16ème rue. Comme si on passait juste par là. Comme si on n’avait rien à voir avec tout ça.”
– “Ca ne va jamais marcher”, a-t-elle dit.
– “C’est tout ce qu’on peut faire.”
– “Tu ne penses pas qu’on devrait filer ventre à terre ?”
– “Non,” ai-je répondu. “Si on court, ils vont nous poursuivre. Peut-être que si on marche, ils se diront qu’on n’a rien fait et qu’ils nous laisseront tranquilles. Ils ont des tas de gens à arrêter. Ca va les occuper un bon moment .
La parc était une masse de corps qui se roulaient, adolescents et adultes se tenant le visage et étouffant. Les flics les traînaient par les aisselles, leur entravaient les poignets avec des menottes en plastique, et les lançaient dans les camions comme des paquets de linge.
– “OK ?”, ai-je demandé.
– “OK”, a-t-elle répondu.
Et c’est précisément ce que nous avons fait. Marché, la main dans la main, rapidement comme si nous avions à faire, comme deux personnes qui veulent éviter toute forme de désorde que quelqu’un d’autre causerait. Le genre de démarche que l’on adopte quand vous faites semblant de ne pas voir un mendiant, ou que vous ne voulez pas être entraîné dans une bagarre de rue. Ca a marché. Nous avons atteint le coin, l’avons tourné, et avons continué. Aucun de nous n’a osé parler pendant deux pâtés de maison. Alors, j’ai laissé s’écouler un filet d’air dont je n’avais même pas eu conscience que je le retenais. Nous sommes arrivés sur la 16ème rue et avons tourné en direction de Mission Street. En temps normal, c’est un quarter assez effrayant un samedi soir à 2 heures du matin. Cette nuit c’était un soulagement — les bons vieux drogués, prostituées, dealers et ivrognes habituels. Psa de flics avec des matraques, pas de gaz.
– “Hum”, ai-je dit en respirant l’air de la nuit. “Café ?”
– “Maison”, a-t-elle répondu. “Je crois maison, pour lemoment. Café, plus tard”.
– “Ouais”, ai-je acquiescé.
Elle habitait plus haut dans Hayes Valley. J’ai repéré un taxi qui roulait vers nous et l’ai appelé. C’était en soi un petit miracle — il y a rarement un taxi quand on en a besoin dans San Francisco.
– “Tu as ce qu’il faut pour rentrer ?”
– “Oui”, a-t-elle répondu. Le chauffeur nous a dévisagés à travers sa vitre. J’ai ouvert la portière arrière pour qu’il ne puisse pas repartir.
– “Bonne nuit”, ai-je dit.
Elle a passé ses mains derrière ma tête et a tiré mon visage vers le sien. Elle m’a embrassé fort sur la bouche, sans rien de sexuel, mais ça en était d’autant plus intime.
– “Bonne nuit”, a-t-elle murmuré dans mon oreille, et elle s’est glissée dans le taxi.
Titubant, les yeux en larmes, brûleant de honte pour avoir abandonné tous ces amis de Xnet à la merci des agents du DSI et de la police de San Francisco, je me suis mis en route pour la maison.

Le lundi matin, Fred Denson était derrière le bureau de Madame Galvez.
– “Madame Galvez ne donnera plus ce cours”, a-t-il dit quand nous nous sommes tous installés.
Ils avait cette expression de contentement de soi que j’ai reconnue immédiatement. Sur un présentiment, j’ai jeté un coup d’oeil à Charles. Il souriait comme si c’était son anniversaire et qu’il avait reçu le plus beau cadeau de monde. J’ai levé la main.
– “Pourquoi pas ?”
– “La procédure du décannat est de ne discutter les problèmes relatifs aux employés qu’avec l’employé et le comité de discipline”, a-t-il dit sans même tenter de cacher à quel point ça lui faisait plaisir de dire ça. “Nous commençons un nouveau sujet aujourd’hui, sur la sécurité nationale. Vous avez les nouveaux documents dans vos SchoolBook. Veuillez les ouvrir et passer à la première page.”
La première page était frappée du sceau du Département de la Sécurité Intérieure, avec le titre : CE QUE TOUT AMÉRICAIN DEVRAIT SAVOIR SUR LA SÉCURITÉ INTÉRIEURE. J’aurais voulu jeter mon SchoolBook par terre.

J’avais prévu de rencontrer Ange à un café de son quartier après l’école. J’ai sauté dans un BART et je me suis retrouvé assis derrière deux types en costume. Ils lisaient le San Francisco Chronicle, qui titrait en pleine page sur un article détaillant la mort de l'”émeute des jeunes” au Mission Dolores Park. Ils bavardaient et caquetaient sur le sujet. Et l’un d’eux a dit à l’autre, “C’est comme si on leur avait lavé le cerveau ou quoi. Bon Dieu, est-ce qu’on a jamais été aussi stupide, nous ?” Je me suis levé et suis allé m’assseoir sur un autre siège.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s